architecture d’espaces publics et privés
    

Chapitre 3
52m²

Il y a 20 ans, la construction d’une porte vient unir deux studios d’un immeuble parisien pour ne former qu’un seul appartement de 52m2. Peu de travaux sont engagés : l’une des deux portes d’entrée est condamnée, un petit bureau remplace l’une des cuisines, un lave-linge occupe un ancien WC et un placard s’improvise dans l’une des deux salles d’eau. Aujourd’hui l’habitante, ébéniste en marqueterie et son conjoint, projettent de venir occuper l’appartement avant que sa mère prenne le relai dans quelques années. Le programme demandé est alors évolutif : l’atelier de marqueterie devra un jour se transformer en seconde chambre.

Le projet de rénovation commence par réouvrir la porte d’entrée anciennement condamnée. La perspective créée sur l’extérieur constitue la première séquence du parcours de l’habitant. L’entrée est peinte intégralement d’un bleu profond. Ainsi, depuis l’intérieur, la porte d’entrée tend à disparaître et les arêtes du volume s’évanouissent. Ce dispositif permet de mettre à distance l’appartement des espaces communs de l’immeuble.

La dépose de la cloison séparative des deux anciens studios offre un nouvel espace de vie largement ouvert et lumineux. Un sentiment d’espace intensifié par la vision lointaine des livres ouverts de la bibliothèque François Mitterrand. Afin de maximiser davantage le volume, un espace semi-ouvert y est accolé : l’atelier d’ébénisterie. Situé sur la largeur opposée à celle de la cuisine, il est pensé tel une extension du rectangle de vie. Son futur usage de chambre a guidé ses dimensions de manière à accueillir un lit.

La traversée des deux espaces prend la forme d’une porte à galandage sans habillage qui, lorsqu’elle est ouverte, constitue une simple fente. La perméabilité de la cloison se caractérise également par le passage de la lumière à travers une baie aux proportions similaires. Une étagère filante vouée à accueillir la très fournie bibliothèque des habitantes viendra habiller cette ouverture translucide, qui cadre également sur deux colonnes traversant la pièce du plafond au sol.


Ces colonnes d’évacuation d’eau nous apparaissent comme des témoins inhérents à la vie en collectivité. Il a été décidé de les assumer, de les maintenir visibles et même de jouer avec leurs formes et leurs présences. La juxtaposition de la cloison blanche, des colonnes oranges puis du mur bleu rend visible les distances et la profondeur du volume.

La cuisine est installée perpendiculairement à la façade sur la cloison opposée à l’atelier. Le plan de travail mat, la faïence brillante et le travail de marqueterie sur les caissons centraux créent une séquence de plans qui animent le meuble et minimise son impact. Le motif des bandes blanches en marqueterie reprend le dessin du parquet janga. Ces proportions fines et hautes sont en cohérence avec de nombreux autres éléments du projet comme la faïence de la salle d’eau, la fente d’accès à l’atelier, la fenêtre translucide ou encore les colonnes.

Le confort thermique d’hiver est amélioré par l’isolation de la façade. Celui d’été est favorisé par le courant d’air traversant l’appartement du salon vers chambre. Cette dernière, associée au dressing et à la salle d’eau, constitue l’espace nuit. Les 4 fenêtres au verre dépoli ouvrant sur une petite cour intérieure apportent une atmosphère lumineuse tamisée et douce, en adéquation avec la fonction du lieu. Dans cet espace nuit, le dressing ouvert agit comme une zone de transition fonctionnelle vers la salle d’eau.

Le parquet janga déjà partiellement présent avant les travaux et le verre strié sont des éléments appliqués à l’ensemble du projet. Ainsi, l’architecture de cet appartement fabrique un habitat fonctionnel, évolutif, théâtre des vies de ses futures habitantes.

Crédit photographique : @Louis Bontemps

_
Commanditaire
: client particulier
Lieu :
Paris 13e
Date :
2022
Mission :
complète
Statut :
Livré
Collaborateurs : I.M.E.G.B® Entreprise tout corps d’état